La santé est un droit fondamental. Pourtant, l’accès aux soins devient un fardeau pour beaucoup. La Mutualité Française alerte sur la flambée des prix des complémentaires santé : une augmentation de 14,5% en seulement deux ans. Cette dépense est de plus en plus difficile à assumer pour les ménages, déjà pénalisés par l’inflation.
Le décryptage des dépenses
En moyenne, un Français dépense 3 475€ par an pour ses frais de santé. La Sécurité Sociale, pilier de notre système de santé, en rembourse 2 765€. Les complémentaires santé, elles, interviennent pour 439€, laissant un reste à charge de 250€ selon un rapport du Sénat publié en 2024. Ce reste à charge, bien que modeste, pèse lourd sur les budgets, surtout pour les familles, les retraités et les personnes atteintes de maladies chroniques. Il peut contraindre à renoncer à des soins, faute de moyens suffisants.
Le prix d’une complémentaire santé varie en fonction de l’âge, du sexe, du lieu de résidence et du niveau de couverture. Une complémentaire individuelle coûte en moyenne 97€ par mois, mais ce prix grimpe à 133€ pour un senior. Les femmes paient en général moins cher que les hommes (90€ contre 105€). Des disparités régionales existent également, avec des cotisations plus élevées en Île-de-France (99€) qu’en Bretagne (88€). Les familles, quant à elles, bénéficient d’une mutualisation des coûts quand le nombre d’enfants augmente.
Enfin, l’offre des complémentaires est devenue d’une complexité déconcertante, avec une multitude de formules, d’options et de garanties exprimées fréquemment en pourcentage du plafond de la Sécurité Sociale, rendant toute comparaison en euros difficile.
Pourquoi cette inflation des tarifs ?
Plusieurs facteurs expliquent cette envolée des prix. Tout d’abord, les dépenses remboursées par les complémentaires ont connu une augmentation sensible ces dernières années (+6,4% en 2023, +4,3% en 2022), dépassant largement l’inflation.
Cette hausse est due en partie au vieillissement de la population, qui engendre une augmentation des dépenses de santé. Les progrès technologiques, bien que bénéfiques, ont un coût élevé. Mais surtout, l’État a progressivement transféré une part croissante des dépenses de santé vers les complémentaires, afin de soulager le budget de la Sécurité sociale, structurellement déficitaire.
Par ailleurs, les complémentaires ont élargi leur offre, en proposant des prestations non prises en charge par la Sécurité Sociale, comme le bien-être, les médecines alternatives ou les dépassements d’honoraires. Une surenchère de services qui se traduit inévitablement par une augmentation des cotisations.
Un taux de redistribution trop faible !
Le taux de redistribution des complémentaires (79 à 81% des cotisations) est nettement inférieur à celui de la Sécurité sociale (96%). Leurs frais de gestion sont élevés, oscillant entre 12,5% pour les plus performantes et jusqu’à 35% pour les moins efficaces. Ces frais pèsent sur les cotisations et réduisent d’autant les remboursements. Et l’Etat n’est pas en reste avec une taxe de 13,3% sur toutes les complémentaires de santé.
Face à cette situation, la CLCV de Rennes, association de défense des consommateurs, tire la sonnette d’alarme et attend :
• des complémentaires santé, plus de transparence dans leurs offres, une simplification des garanties et une maîtrise de leurs frais de gestion, qui ne devraient pas dépasser 20% des cotisations.
• des décideurs politiques, l’arrêt du transfert des dépenses de santé vers les complémentaires, une remise à plat du système de financement de la santé et une meilleure régulation du secteur des complémentaires.
La santé à deux vitesses menace.
L’accès aux soins devient de plus en plus inégalitaire, en fonction des revenus et de la capacité à souscrire une complémentaire santé toujours plus onéreuse. Il est urgent d’agir pour garantir un système de santé solidaire, accessible à tous, et recentré sur l’intérêt des patients.




