L’eau du robinet, massivement consommée en France, continue de diviser. Plébiscitée pour sa sécurité sanitaire par certains, elle est jugée insuffisamment surveillée et peu flatteuse au palais par d’autres, qui lui préfèrent l’eau en bouteille. Entre données de santé publique, arbitrages sanitaires, perceptions culturelles et convictions personnelles, le débat oscille en permanence entre faits objectifs et ressentis subjectifs. La CLCV-Rennes vous en dit plus.
L’eau du robinet à Rennes
L’eau distribuée sur notre territoire est traitée par la société publique locale « Eau du Bassin Rennais » qui exploite 17 sites de production et 12 usines de potabilisation. Les ressources mobilisées reposent sur :
· 2 grands barrages de stockage (Chéze-Canut et Rophémel)
· 2 captages en rivière (le Couesnon et le Meu)
· 1 étang (les Bougrières)
· 12 captages souterrains
Du fait de la géologie locale, 75 % de l’eau distribuée provient des eaux superficielles, particulièrement vulnérables aux pollutions agricoles, industrielles et domestiques. Les eaux souterraines, qui représentent 25 % des apports, sont captées à faible profondeur et n’échappent pas non plus aux risques de contamination.
Ces ressources font l’objet d’un traitement et d’un contrôle stricts assurés par l’opérateur Eau du Bassin Rennais sous la tutelle de l’Agence Régionale de Santé. La potabilisation est devenue un défi technique de plus en plus complexe et donc coûteux. Sur notre territoire, les deux principaux enjeux restent les nitrates et les pesticides. Il est illusoire d’espérer une amélioration significative de la qualité des eaux brutes à court terme; en revanche, une certitude se dessine : le prix du mètre cube d’eau du robinet augmentera fortement pour couvrir les coûts croissants de potabilisation. En période de sécheresse, des menaces bien réelles pèsent sur la disponibilité de l’eau courante pour les abonnés de l’agglomération rennaise.

La station de pompage de Mordelles sur la rivière le Meu (photo CLCV-Rennes)
Les eaux en bouteille
Les eaux conditionnées en bouteille ont des origines bien plus diversifiées que l’eau du robinet. Elles sont produites par des sociétés commerciales. Ces eaux sont encadrées par trois catégories réglementaires distinctes:
– Les eaux rendues potables par traitement, peuvent provenir des ressources souterraines ou superficielles. Elle doivent respecter les critères de qualité applicables
– les eaux de source proviennent de nappes souterraines et doivent être microbiologiquement saines et protégées contre les risques de pollution. Leur qualité est garantie par des normes strictes tout au long de leur captage, conditionnement et commercialisation.
– les eaux minérales naturelles cumulent trois critères :
· une émergence naturelle
· une composition minérale stable et originale en minéraux, oligo-éléments etc..
· une pureté originelle garantissant leur qualité microbiologique.
Certaines eaux peuvent être conseillées ou prescrites pour des indications thérapeutiques. Néanmoins, il convient de modérer la consommation d’eaux fortement chargées en minéraux naturels. Les eaux minérales proviennent principalement de régions de moyenne et haute montagne. En Bretagne, il n’existe qu’une seule source sur la commune de Plancoët (source Sassay) .
Le scandale des eaux minérales naturelles
Fin janvier 2024, la presse d’investigation révélait que plusieurs eaux minérales naturelles avaient perdu leur « virginité bactériologique » en raison d’installations vieillissantes et de pollutions liées à leur environnement. Une commission sénatoriale, dans un rapport publié en 2025, a mis en lumière de nombreux dysfonctionnements dans les contrôles publics associés à une intervention des plus hautes autorités de l’Etat. Nestlé Waters et d’autres industriels ont bénéficié d’une tolérance permettant l’installation de systèmes de filtration sur des eaux pourtant contaminées. Dans un article de novembre 2025, le quotidien Le Monde s’insurgeait que des eaux de la source Perrier puissent continuer à bénéficier du statut d’eau minérale naturelle (cf ci-dessus).

Cette tolérance a été renouvelée par l’Etat en fin d’année dernière en échange de contrôles sanitaires renforcés. Elle trouve son explication dans la difficulté d’un nombre croissant d’industriels à garantir le statut indemne de germes pathogènes les eaux de sources et les eaux minérales naturelles. Chacun y va de sa solution de traitement– souvent indétectable- pour éviter les problèmes de santé publique. Comme les industriels de l’eau sont aussi des employeurs, l’Etat laisse faire car la priorité est la santé publique.
Ce scandale rappelle que la protection de la ressource en eau constitue un enjeu commun à l’eau du robinet et aux eaux embouteillées.
Les polluants éternels : un défi émergent
Les polluants éternel ou PFAS – environ 4 000 molécules – sont largement utilisés en raison de leur résistance à la chaleur et de leurs propriétés hydrofuges. Persistants dans l’environnement, ils s’accumulent dans les sols et potentiellement dans nos organismes. Divers effets sanitaires ont été largement documentés : cancer, fertilité, cholestérol … L’impact santé publique est préoccupant.
À compter du 1er janvier 2026, toutes les eaux destinées à la consommation humaine devront être analysées pour 20 molécules de PFAS. Les premières mesures sur l’eau du Bassin Rennais montrent des teneurs insignifiantes ou très faibles, contrairement à d’autres régions. Mais leur accumulation dans le temps sur notre territoire présente un danger futur qu’il faut limiter et surveiller de près.
Le comportement des consommateurs
Face à des questions techniques complexes et multiples qui touchent l’univers des eaux de boisson, le point de vue du consommateur mérite d’être exposé. Voici quelques repères :
· 68 % des Français consomment quotidiennement de l’eau du robinet et 47 % de l’eau en bouteille.
· 15% des Français.es ne boivent jamais d’eau du robinet, et 10% affirment en boire très rarement
· la consommation d’eau du robinet augmente depuis 2005, tandis que celle de l’eau en bouteille diminue, sauf dans les territoires perçus comme plus pollués.
· 78 % des Français déclarent avoir confiance dans l’eau du robinet, mais la Bretagne enregistre une forte baisse en 2025 (de 85 % à 73 %).
· 46 % des Français se disent peu informés sur l’origine de l’eau du robinet.
· 7 Français sur 10 cherchent à réduire leur consommation de bouteilles en plastique, mais les consommateurs réguliers d’eau en bouteille sont moins enclins à modifier leurs habitudes.
Il se dégage donc une tendance favorable à l’eau du robinet et un contexte de consommation mixte eau du robinet-eau en bouteille. Pour une famille de quatre personnes de la région rennaise, le verdict économique est sans appel : boire exclusivement de l’eau du robinet coûte environ 9 € par an, contre 510 € pour de l’eau de source en bouteille (1,5 L à 0,16 €/L) et 2 à 3 fois plus pour certaines eaux minérales. Des usages mixtes eau du robinet / eau embouteillée constituent donc une stratégie intéressante pour maîtriser son budget. Selon l’ADEME, l’eau en bouteille reste tout de même 2 000 fois plus émettrice de CO2 que l’eau du robinet.
La consommation d’eau du robinet demeure un choix recommandable, qui offre des avantages économiques et environnementaux substantiels qui n’interdisent pas des choix alternatifs. Pour la CLCV-Rennes, la qualité de l’eau est un enjeu majeur de santé publique, aujourd’hui comme demain. Renforcer les analyses et les contrôles est indispensable, mais agir à la source l’est tout autant : particuliers, agriculteurs et industriels doivent réduire l’usage de polluants et contribuer financièrement aux coûts liés à leurs traitements sous une forme équitable, c’est-à-dire en fonction des responsabilités de chacun




